Histoire des assemblages

  par Céline Dubord
 

 

Le terme assemblage vient du mot assembler et il définit le mode de construction du mobilier en permettant de jauger la valeur du travail de l’exécutant. Étant garant de la solidité et de l’apparence du mobilier, l’assemblage donne une excellente indication sur sa facture. L’assemblage est un système de fixation de différentes pièces d’un meuble. Ce procédé et ce mode de solidification d’éléments structuraux sont utilisés par les charpentiers, les menuisiers et les ébénistes. Mais, la majorité des gens considèrent l’assemblage comme un art faisant partie des talents propres à l’ébéniste, car, pour tailler les joints, il faut pouvoir maîtriser une variété de techniques de coupe bien précises en se servant d’un outillage qui demande une grande dextérité.

Le principal but de l’assemblage est de réunir plusieurs pièces de bois et de les ajuster ensemble de sorte qu’ils forment un tout. Le choix de l’assemblage est alors aussi important que sa fabrication et doit respecter le style et l’esthétique du projet. La plupart des joints sont conçus pour camoufler la méthode d’assemblage utilisée, mais certains, comme la queue d’aronde décorative, sont conçus pour être apparents. Dans un assemblage, il faut toujours penser aux risques de dilatation ou de contraction du bois, liés à son degré d’humidité, et donc renforcer les points de contact selon chaque type de travail.

On divise généralement les assemblages en trois catégories : les assemblages en bois de fil ou embrèvement (les fils des pièces sont parallèles et côte à côte) ; les assemblages en bois de bout ou entures (les fils des pièces sont dans le prolongement les uns des autres) ; les assemblages en bis de travers (les fils des pièces se coupent en angle). Les plus usuels sont l’assemblage à tenons, mortaises et chevilles, l’assemblage à queue d’aronde, l’assemblage à mi-bois, l’assemblage à onglet, l’assemblage à tourillon et l’assemblage à rainure et languette. La plupart des sièges et des tables sont assemblés selon le mode d’assemblage à tenons et mortaises, alors que pour les armoires, on emploie généralement l’assemblage par enfourchement. En effet, ces dernières sont fabriquées à partir de grandes surfaces planes formant vantaux et panneaux latéraux. L’utilisation de colles et de chevilles en bois dur est fréquente pour renforcer la solidité de l’assemblage.

Un brin d’histoire

Des assemblages provisoires ont été effectués depuis des temps immémoriaux en coinçant simplement une pièce de bois dans la fourche naturelle d’une autre, par le ficelage de pièces à assembler avec des tendons ou des fibres végétales. Toutefois, pour réaliser des assemblages qui tiennent plus longtemps, il était indispensable de découper les pièces afin qu’elles s’emboîtent les unes les autres. Ce type d’assemblage n’est apparu qu’à la suite de la création d’outils de métal permettant les découpages de précision.

En Chine, 5000 ans av. J.-C., dans la vallée du Yang Tsé Kiang, la découverte de vestiges de maisons présentait des assemblages sophistiqués. Les techniques n’ont guère changé au cours des millénaires suivants. Les juifs, musulmans et chrétiens voient en Noé, qui construisit l’Arche, le premier artisan cité dans l’Ancien Testament. Ils en font du reste le patron des artisans. Cela signifie qu’avant la dernière période glaciaire, l’homme savait probablement construire des bateaux. Des artefacts construits à l’aide de techniques d’assemblage complexes ont été découverts dans les fosses tombales d’Ur en Irak, dont l’existence remonte à environ 4500 ans.

À la fin du VIe siècle, les techniques d’assemblage chinoises et coréennes furent introduites au Japon, les artisans japonais en ont eux-mêmes inventé toute une panoplie d’une extrême précision. Contrairement à la pierre, le bois étant capable d’absorber les vibrations est depuis des millénaires, il fut utilisé pour la construction. Le Japon, là où les tremblements de terre sont fréquents, en dépit de l’instabilité du terrain, porte sur son sol, la plus grande construction en bois du monde : le Temple d’or du Horyu-ji, à Nara, construit en 679.

Dès le XVe siècle avant notre ère, les objets découverts dans les tombeaux égyptiens démontrent qu’ils connaissaient et maîtrisaient la plupart des types d'assemblages dont les techniques se sont transmises d'âge en âge jusqu'aux menuisiers du Moyen Age (rainure et languette, tenon et mortaise, plats joints et onglet).

La queue d’aronde

Cet ancien type d'assemblage a la forme de la queue d’hirondelle. L’origine du nom de la queue d’aronde réside dans le fait qu’aronde est le nom ancien de cet oiseau. Ce type d’assemblage est aussi appelé queue d’aigle.

La queue d’aronde est un type d’assemblage qui remonte à l’ancienne Égypte et est très utilisé au XIVe siècle. Cet assemblage est employé aussi bien par les luthiers, les charpentiers navals que par les ébénistes. D’usage fréquent en ébénisterie, et plus particulièrement pour la construction de tiroirs, dans la fabrication de meubles de qualité. Conçu en forme de trapèze se logeant dans une découpe correspondante, cet assemblage agit comme une clé de blocage de telle sorte que sa dislocation est impossible et l’importante superficie des surfaces encollées en fait un mode de construction des plus solides. Il présente également une réelle valeur esthétique.

L’examen des assemblages à queue d’aronde permet de déterminer si ceux-ci ont été découpés à la main ou à la machine. Selon que la queue d'aronde est plus ou moins effilée, il est possible de dater un meuble : à partir de la moitié du XIXe siècle, les queues d'aronde découpées à la scie mécanique sont plus effilées et plus nombreuses sur les côtés des tiroirs. Les assemblages à queue d’aronde découpés à la main possèdent des irrégularités; les assemblages découpés à la machine, à partir de 1880, sont d’une régularité parfaite.

Sauf pour certaines constructions industrielles, les queues sont plus larges que les tenons. La pente conseillée pour le façonnage est de 6 pour 1 pour les bois tendres et de 8 pour 1 pour les bois durs.

Le tenon et mortaise

Le tenon et mortaise remonte à la plus haute Antiquité (Égypte) et introduit en France au XVIe siècle. Il devient un assemblage courant au début du XVIIe siècle. Il consiste en une entaille (la mortaise), généralement rectangulaire, pratiquée dans un segment de bois et une partie saillante (le tenon) qui fait partie de l’autre segment à assembler; le tenon s’emboîte exactement dans la mortaise : il peut en outre être collé ou chevillé avec une clavette.  

L’enture

L’assemblage bout à bout est pratiqué depuis fort longtemps en architecture en Extrême-Orient, où les toits sont constitués de lattes et de chevrons beaucoup plus longs que les pièces de bois disponibles. Il était aussi utilisé en Europe dans la construction des granges aux dîmes. En Angleterre, les sportifs de l’ère victorienne résolurent le problème en endentant deux pièces de bois, puis en consolidant l’assemblage avec de la colle et de la ficelle de lin.

Cette méthode est aussi utilisée pour le mobilier en hévéa, un bois qui n’est disponible qu’en petites longueurs. Les indentations simples, constituées d’une seule indentation en V dans laquelle s’insère une languette, sont utilisées pour fixer le manche des battes de cricket et la hampe de bois des flèches, tandis qu’une variante plus décorative est employée pour assembler la flèche et le fût des queues de billard.

L’assemblage à enture est un assemblage bout à bout de deux pièces de bois. Quel que soit le type d’enture – assemblage à mi-bois, à rainure et languette ou encore par emboîtement -, la surface de contact entre les deux pièces assujetties doit être la plus grande possible. Les assemblages sont en général renforcés par des boulons ou des chevilles.

Les renforts

Dans les temps anciens, il était courant de consolider un assemblage avec une corde ou une lanière, qu’on faisait passer par des trous préalablement percés dans chacune des deux pièces à assembler. Cette technique est toujours employée dans le nord-ouest de l’Amérique par les fabricants des boîtes cintrées par entaillage.

Pour renforcer un assemblage fragile, on peut tout aussi bien utiliser de la colle que des clous ou des chevilles. Les clous existent dans toutes sortes de formes et de dimensions. Certains des clous en fer utilisés par l’armée romaine pour assembler les différents éléments en bois de ses caps avaient une longueur de 46 cm, alors que les pointes en laiton employé pour fixer des décors sur des boîtes vide-poches peuvent ne pas dépasser 5 mm de longueur. On a mis au jour des vis en métal à Pompéi (Italie), mais étant donné la somme de travail qu’exigeait leur fabrication, leur emploi ne s’est généralisé qu’à partir du moment où les progrès technologiques intervenus au milieu du XVIIIe siècle, lors du formidable développement de l’industrie, permirent leur production en série.

Sur les couvercles des coffres anciens, par exemple, les tourillons faisaient office de charnière. En ce qui a trait aux chevilles ; tige de bois (ou de métal) de forme cylindrique, terminée par une pointe arrondie, elles servent à assembler différentes pièces. Les chevilles de bois sont couramment utilisées en menuiserie pour ajuster les différents éléments qui constituent le bâti des meubles. La menuiserie traditionnelle privilégiait l'assemblage par chevillage jugé plus noble que l'assemblage par collage. Parmi les constructions les plus anciennes, il en est un grand nombre, comme le Horyu-ji à Nara au Japon ou la cathédrale de Wells, en Angleterre, qui comporte des chevilles en bois. Celles-ci sont encore couramment utilisées, car elles sont quasiment invisibles, ne rouillent pas et ne colorent donc pas le bois contrairement aux clous et aux vis. Il en va de même pour la clavette : goujon de bois utilisé pour bloquer un assemblage. Il peut aussi désigner une cheville permettant de bloquer un assemblage à tenons et mortaises. Les clavettes ont été confectionnées à la main jusqu’en 1850.