Meuble authentique ou faux meuble?
  par Céline Dubord

L’authenticité d’un meuble peut occasionnellement être incertaine.  Lors de l’acquisition d’un meuble, il arrive souvent qu’un certificat d’authenticité soit remis à l’acquéreur.  Par la suite, si l’authenticité du meuble est contestée, cela n’indique pas forcément qu’il s’agit d’un faux délibérément destiné à tromper l’acheteur.  Un meuble qui n’est pas authentique n’est pas obligatoirement un faux.  Au XIXe siècle et un peu avant, bien des meubles ont été tout simplement copiés parce qu’ils étaient très estimés à ce moment.  Un meuble est considéré comme étant un faux lorsqu’il est consciemment présenté pour ce qu’il n’est pas. 

 

Un faux peut aussi être créé par un «excès de restauration», par la création d’une fausse source, par l’ajout ou la suppression de signes authentiques telles les sceaux ou par la falsification ou l’enlèvement de signatures.  Les faussaires «de profession» peuvent façonner des meubles parfaitement trompeurs grâce aux techniques modernes car tout peut être imité.  Les faux de qualité peuvent souvent n’être démasqués qu’au laser.  Ils sont en général fabriqués par des virtuoses selon les anciennes techniques, à partir de bois de récupération, tiré le plus souvent de pièces anciennes.

Reconnaître un meuble original d’un faux ne s’apprend pas du jour au lendemain.  Cela demande des années d’observation.  Ce qui revient à dire que seule l’expérience peut permettre de détecter l’authentique du faux et encore... Toutefois, certains indices, sans fournir de preuve formelle, peuvent toutefois permettre de détecter si un meuble est ancien ou pas.  En voici quelques-uns :

  • Les copies récentes présentent souvent des marques de machines-outils ou d’outils électriques qui n’existaient pas à l’époque d’origine du meuble.  Par exemple, la régularité des cannelures sur le piétement d’une chaise permet de croire à un façonnage à la toupie alors que le bois tourné d’époque est irrégulier et asymétrique.

 

  • Les parties peu visibles d’un meuble ancien, telle la ceinture intérieure des sièges, montrent des marques asymétriques de sciage à la main, au moins jusqu’au milieu du XIXe siècle.   

 

  • La surface des meubles d’avant le milieu du XIXe siècle n’a pas l’apparence des bois rabotés et poncés mécaniquement; elle montre des marques perceptibles de rabot.  L’usure caractéristique de la surface de ces meubles est prononcée aux endroits exposés aux contacts humains.   

 

  • Aux XVIIe et XVIIIe siècles, l’épaisseur des planches, des plateaux, des vantaux et des traverses était de 30 à 40 mm.  Ce n’est qu’à l’apparition de la scie circulaire, vers 1840, que l’épaisseur des planches est passée de 20 à 25 mm et que les plateaux de bois sont sans nœuds, d’une épaisseur de 25 à 66 mm et assemblés à rainures et languettes s'ils comportent plus de 2 ou 3 planches.

 

  • De larges planches taillées en biseau aux extrémités forment les panneaux.  À l’exception de certaines commodes Louis XVI, les panneaux sont à plate-bandes avant 1830.  Après cette date, ils sont plats et les panneaux de bois ne sont pas dégrossis sur les parties non apparentes.  Pour former les panneaux des fonds de tiroirs, des armoires et des buffets, on utilise une ou deux larges planches assemblées à rainures et languettes et biseautées tout autour.

 

  • Aux environs de 1830, les paumelles simples ou ornées, les fiches à lacer ou encastrées et les pentures cèdent la place aux gonds.  À partir du XIXe siècle, les portes d’armoires et de buffets sont rentrées à vif et les charnières sont vissées à l’intérieur.

 

  • Avant le XIXe siècle, les moulures encadrant les panneaux d’armoires font immanquablement partie intégrante des montants et des traverses.  Les moulures varient d’une porte à l’autre et sont asymétriques.  Au XIXe siècle, les moulures sont appliquées et fixées avec de la colle et des petits clous.

 

  • Au Canada, les corniches sont généralement façonnées en trois parties, assemblées à onglet et fixées par de longs clous forgés.  En France, la corniche est parfois exécutée en une seule partie. 

 

  • Au XVIIIe siècle, on utilise trois ou quatre tonalités de bois dans les marqueteries simplement dessinées et exécutées.  Au XXe siècle, il n’est pas rare d’assembler plus d’une douzaine de tonalités, sans compter les bois teintés artificiellement.  Les représentations graphiques, d’une franche symétrie, deviennent plus rigoureuses.

 

  • Les placages anciens étaient sciés à la main et non tranchés.  Ils avaient une épaisseur variant de six à dix millimètres.  Ensuite, pour permettre le placage d’une forme galbée, on réduisait de deux à quatre millimètres d’épaisseur le placage scié à l’aide de scies mécaniques.  Le placage que l’on connaît aujourd’hui, de 1 à 1,2 mm, s’est fabriqué à partir de 1830 (à l’époque industrielle) pour économiser les bois précieux.

 

  • La généralisation du système métrique apparut en France à partir de 1840 et au Canada que vers les années 1970.  Ce qui signifie que les meubles dont l’ensemble des dimensions reflètent davantage des mesures impériales auraient probablement été conçus avant ces dates. 

  • Les tenons sont sciés avec des traces caractéristiques.  Aux XVIIe et XVIIIe siècles, les assemblages sont à tenons-mortaises et chevillés.  Ces chevilles sont taillées à la main et sont plutôt carrées que rondes.  Au Canada, les assemblages sont toujours à tenons et mortaises jusqu’au milieu du XIXe siècle.  Si le démontage est possible, on verra que les mortaises sont creusées au bédane et non à la mèche et au ciseau.

    • L’industrialisation du meuble français, commencée sous Louis-Philippe, favorise les tourillons.  Un meuble massif classique sera chevillé, approximativement jusqu’à l’époque Louis Philippe (1830).  À partir de l’Empire, le chevillage est souvent dissimulé sous le placage.  Dans le mobilier régional, le chevillage reste en faveur, sauf lorsque l’on emploie les coupes d’onglets pour les portes. 

     

    • Dans les meubles anciens, les queues d’aronde ne sont jamais symétriques puisqu’elles sont taillées à la main à l’aide de ciseaux et de scies.  La commode canadienne comporte une queue d’aronde centrale, consolidée à l’aide d’un clou forgé à la main, en plus de deux demi-queues d’aronde, une en haut et l’autre en bas.  Les assemblages des coffres du XVIIIe siècle présentent plusieurs queues d’aronde de proportions différentes.  

     

    • Il est courant que la quincaillerie d’origine ait été changée.  Afin de savoir si les cuivres ou les ferrures sont d’origine, observez s’il n’y a pas d’autres cicatrices laissées par des garnitures antérieures.  Un indice supplémentaire, qui atteste parfois qu’un meuble est ancien, ce sont les restes de semences forgées qui sont incrustées dans les feuillures du recouvrement.