La dorure
  par Céline Dubord
 

 

C’est par souci d’économie que de nombreux sculpteurs imitaient, par de nombreux stratagèmes, les orfèvres. Le but était de diminuer le coût de leurs œuvres en or massif, en faisant appel à des sculptures composites dont l’âme en bois était recouverte de plaques d’or cloutées. Cela rendait leurs œuvres plus légères et moins dispendieuses que celles de ces derniers.

L’utilisation de la dorure pour rehausser une œuvre ne date pas d’hier. Elle serait antérieure au Moyen-Âge puisque des meubles peints en polychromie ont été retrouvés dans la tombe de Tout Ank Amon, datant de 1000 ans av. J.-C. dès 1700 avant Jésus-Christ, les Phéniciens, les Chinois et les Égyptiens battaient l'or pour obtenir de fines feuilles capables d'adhérer à une surface lisse. Les Byzantins utilisaient cette technique pour enduire les icônes et les mosaïques. L'époque baroque utilisait aussi la feuille d'or.

Pendant la période gothique, le champ d’application de la dorure s’élargit, parallèlement à l’iconographie religieuse et cela, dès la fin du XIVe siècle. L’utilisation de la dorure, en Europe, s’est répandue sous le règne de Louis XIV. La dorure que l’on appliquait sur les ornements d’église, les détails architecturaux des autels et des écrans ainsi  que sur les petits objets destinés aux maisons des riches, notamment les miroirs et les cadres de tableaux, s’est poursuivie pendant le XIXe siècle.

C’est au début du XVIIIe siècle que la dorure fit son apparition en Nouvelle-France. En 1706, Claude-Vincent Meunson, était maître doreur à Montréal et en 1713, Denis Lafontaine, était doreur de son métier à Québec. La dorure des ornements d’église à la feuille d’or était la spécialité des Ursulines de Québec et on les nommait les « dames doreuses ». Pour ce qui était du Montréal de l’époque, ce sont les Sœurs grises de Montréal qui s’occupèrent elles aussi de travaux de dorure, et cela, dès la fin du XVIIIe siècle.

L’or fut préféré aux autres revêtements métalliques en feuilles tels que l’argent, le cuivre et l’étain, car il ne s’oxydait pas et ne changeait pas de couleur. La feuille de cuivre obtenue au marteau-pilon, par contre, concurrença l’or dès la fin du XIXe siècle. Aujourd’hui, ce ne sont pas seulement l’argent, le cuivre en feuilles ou en poudre et l’étain qui se substitue à l’or, mais aussi tous les alliages d’aluminium.

L'or a longtemps été l'attribut des dieux de la Grèce et de la Rome Antique, de la religion chrétienne. À leur tour, rois, princes et riches bourgeois l’ont utilisé pour démontrer leurs suprématies, l’or perdit ainsi sa fonction religieuse pour faire place à la fonction symbolique.

Pendant longtemps, seuls les initiés, passés maîtres dans l'art de la décoration, avaient accès aux savoirs-faire traditionnels. Or, depuis quelques années, les techniques ancestrales de l’art de la dorure gagnent un public élargi et l'on assiste à une ferveur pour la feuille d'or et la feuille métallique. Les ébénistes, les doreurs et les restaurateurs de meubles anciens redécouvrent aujourd'hui les matériaux et les procédés que nous ont légués nos ancêtres.

Définitions

La dorure est une technique qui consiste à l’application d’une feuille de métal sur différents types de surface. Il existe deux méthodes de dorure : celle à l'eau et celle à l'huile.

La dorure à l’eau dite à la détrempe, utilisée dès la période gothique, est le procédé utilisé pour coucher une feuille d’or ou d’argent sur le bois préalablement préparé et permettant des effets métalliques brillants et mats qui la distingue de la dorure à l’huile. La dorure à la détrempe nécessite un encollage appliqué à la brosse pour favoriser l’accrochage et l’application du bol d’Arménie et de colle diluée pour l’obtention des parties brillantes.
                      
La dorure à la mixtion, utilisée dès le Moyen Âge, est le procédé utilisé pour dorer les décorations. Plus facile et plus rapide que les autres dorures, elle est par contre moins utilisée, car elle ne permet pas d’obtenir des brunis. L’application au pinceau à poils courts d’huile lin siccative ou de vernis à l’huile sert à l’adhésion de la feuille d’or.

Outillage

Agate : pierre de quartz calcédoine, profilée, polie et fixée à un manche, employée pour brunir l’or.

Appuyeur : pinceau doux et souple destiné à appuyer sur la feuille d’or.

Brosses : pinceaux ronds utilisés pour peindre les apprêts.

Chien : pinceau aux poils de sanglier servant à égrener et lisser l’assiette.

Coussin à dorer : planchette recouverte de peau de veau et entourée d’un parchemin rigide servant à entreposer l’or en vrac, à l’abri des courants d’air.

Couteau à dorer : couteau à lame droite et longue en acier chromé servant à couper la feuille d’or proprement.

Étapes de la dorure à l’eau, dite à la détrempe

Étapes

Buts

Manière

Dégraissage

Neutraliser les tanins et éliminer les graisses.

Par brossage ou essuyage à l’éponge.

Encollage

Faire pénétrer le collagène et favoriser l’accrochage.

Application à la brosse.

Apprêtage

Masquer le veinage et freiner les variations du bois.

Application à la brosse de 5 à 12 couches.

Ponçage et adoucissage

Obtenir une surface le plus lisse possible.

Par frottement à l’aide d’abrasif, de ponce ou de peau de chien de mer.

Reparure

Sert à remodeler la sculpture empâtée par les apprêts en redessinant les détails.

Graver dans l’épaisseur de l’apprêt à l’aide de fers à reparer de profils différents.

Jaunissage des fonds

Sert à camoufler les manques dans la dorure

Application au pinceau à l’aide d’ocre jaune, eau et colle de base.

Assiettage

Faciliter l’obtention des parties brillantes : brunis

Application  de 2 ou 3 couches au pinceau, du bol d’Arménie et de colle de base diluée.

Chiennage

Sert à polir les surfaces assiétées et facilite le brunissage

Frottement de la pièce à dorer avec le pinceau dur appelé chien.

Pose de la feuille d’or

Donner à l’objet l’apparence de l’or

La feuille d’or, coucher sur la palette à dorer est coupée à l’aide du couteau à dorer, puis posée sur le support préalablement détrempé.

Brunissage

Sert à obtenir des contrastes de brillances

Écrasement de l’or à l’aide d’une pierre d’agate.

Matage

Modifie l’éclat de l’or et le protège.

Application au pinceau de la colle de base ou de gomme-laque et alcool.

Patine

Procéder au vieillissement de la pièce

Application au pinceau et usure par frottement à l’aide de jus de différentes natures.

Étape de la dorure à l’huile, dite à la mixtion

Étapes

Buts

Manière

Dégraissage

Neutraliser les tanins et éliminer les graisses.

Par brossage ou essuyage à l’éponge.

Encollage

Faire pénétrer le collagène et favoriser l’accrochage.

Application à la brosse.

Apprêtage

Masquer le veinage et freiner les variations du bois.

Application à la brosse de 5 à 12 couches.

Ponçage et adoucissage

Obtenir une surface le plus lisse possible.

Par frottement à l’aide d’abrasif, de ponce ou de peau de chien de mer.

Reparure

Sert à remodeler la sculpture empâtée par les apprêts en redessinant les détails.

Graver dans l’épaisseur de l’apprêt à l’aide de fers à reparer de profils différents.

Bouche-pore

Sert à isoler les apprêts

Application d’une à trois couches, au pinceau pour les parties mates et au tampon pour les parties brillantes, de vernis gomme laque ou de vernis gras teintés à l’ocre jaune.

Mixtion

Sert à l’adhésion de la feuille d’or

Application au pinceau à poils courts d’huile lin siccative ou de vernis à l’huile.

Pose de la feuille d’or

Donner à la pièce l’aspect de l’or

 

Jaunissage des fonds

Sert à camoufler les manques dans la dorure

Application au pinceau à l’aide d’ocre jaune, eau et colle de base.

Assiettage

Faciliter l’obtention des parties brillantes : brunis

Application  de 2 ou 3 couches au pinceau, du bol d’Arménie et de colle de base diluée.

Chiénage

Sert à polir les surfaces assiettées et facilite le brunissage

Frottement de la pièce à dorer avec le pinceau dur appelé chien.

Pose de la feuille d’or

Donner à l’objet l’apparence de l’or

La feuille d’or, coucher sur la palette à dorer est coupée à l’aide du couteau à dorer, puis posée sur le support lorsque la mixtion est « amoureuse ».

Lissage

Sert à défriper la feuille d’or et combler les manques

Effleurement au pinceau à lisser ou au rondin.

Ramendage

Sert à combler les manques et les craquelures de feuilles d’or

Pose de la feuille d’or à sec à l’aide de petits morceaux de feuilles d’or.

Matage

Modifie l’éclat de l’or et le protège.

Application au pinceau à la colle de base, à l’œuf ou au vernis.

Patine

Procéder au vieillissement de la pièce

Application au pinceau et usure par frottement à l’aide de jus de différentes natures ou acides.

Bibliographie :

BARBEAU, Marius (1946). « Saintes artisanes », vol. 2 : Mille petites adresses, cahier d’art Arca, 3. Les Éditions Fidès, Montréal.
-Localisé : Bibliothèque du Musée du Québec.

PERRAULT, Gilles. (?) « Dorure et polychromie sur bois ». Éditions Faton, 190 p.

PORTER, John R. (1975). «L’art de la dorure au Québec du XVIIe siècle à nos jours », Préface de TRUDEL, Jean. Les Éditions Garneau, Québec, 213 p., ill.

WATIN, Jean-Philippe M. (1979). « L'Art du peintre, doreur et vernisseur », Les Éditions Belin-Leprieur, Montréal, 423 p.