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Voici le dernier article de notre série portant sur l'historique de la finition de meubles au Canada français.
En résumé, voici la liste des procédés de finition
Première partie
Deuxième partie
- La polychromie sur bois
- Les surfaces teintes
- Les faux bois
- Le gesso
Troisième partie (procédés traités dans le présent article)
- Le vernis au tampon
- Les cires sur bois
- La caséine
- La dorure
- Les huiles
- Les vernis
| L E V E R N I S A U T A M P O N |
À partir de l’ère néoclassique (Canada; 1790-1840), le meuble verni passe dans les mœurs de la bourgeoisie. Avant 1820, les produits de revêtement étaient les vernis à base de résine et les cires. C’est ensuite qu’apparut la finition particulièrement belle qu’est le vernis au tampon. Les meubles québécois des XVIIe et XVIIIe siècles qui n’avaient pas été peints avec un mélange à base de colorant végétal et minéral étaient plutôt rares; ceux de la fin du XVIIIe siècle seront principalement vernis au tampon à la gomme laque ou encore enduits d’huile de lin.
Au XIXe siècle, ce fut l’apogée du vernis au tampon. Malheureusement, cela a eu pour conséquence que nombre de pièces des XVIIe et XVIIIe siècles perdirent, à l’époque, leur finition d’origine au profit d’un vernis au tampon. Ce qui introduit une certaine confusion quant aux types de revêtement antérieurs à 1820.
La plupart des meubles du XVIIIe siècle qui sont passés chez des ébénistes en France pour être restaurés, en ressortaient vernis au tampon. Or, vernir un meuble Louis XV ou Louis XVI au tampon n’a pas de sens, du point de vue de l’histoire. Le vernis au tampon et son application, telle que nous la connaissons, ne datent que de la fin du XVIIIe siècle. Précédemment était appliqué le french polish qui, comme son nom l’indique, était d’une qualité qui lui a valu une réputation internationale.
Ce fini s’obtient en appliquant des couches successives d’un mélange de gomme-laque et d’alcool. Il produit une surface miroitante et dure en raison de la fusion du vernis au support. Quoiqu’elle demande beaucoup de patience, cette technique est peu chère et ne nécessite qu’un nombre limité d’instruments.
Le principal inconvénient du vernis au tampon est sa faible résistance à la chaleur, à l’humidité et bien entendu à l’alcool, puisqu’il est l’un de ses composants. La cire qui possède des vertus protectrices est souvent utilisée par-dessus le vernis au tampon. Elle est utilisée aussi en restauration d’un vernis au tampon dans le but d’atténuer son brillant.
| L E S C I R E S S U R B O I S |
Jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, la cire d’abeille et le vernis à base de résine ont été les finitions traditionnellement employées pour la protection des meubles en France. Même si la majorité de nos meubles québécois n’étaient pas antérieurement polis à la cire d’abeille, il est devenu courant d’utiliser cette technique pour protéger les bois mous et poreux et pour mettre en valeur la patine et la couleur originale des pièces.
Les connaisseurs savent que rien n'égale le lustre profond d’un bois ciré ancien. Outre l’avantage de sceller le grain, la cire enrichit la couleur du bois et rehausse le veinage. L’entretien d’un bois ciré demande du temps, mais les surfaces traitées s’embellissent avec l’âge.
Les cires teintées permettent d’obtenir un fini plus riche et plus profond. Elles sont également utiles pour camoufler les greffes, les assemblages neufs ou pour homogénéiser les surfaces des meubles anciennement peints ou dans le cas d’un décapage qui révèle la présence de plusieurs bois différents. La cire peut être appliquée sur toutes les finitions, y compris la peinture ou le vernis au tampon; mais attention, elle n’en accepte elle-même aucune.
Colorée ou non, la mince couche de cire apposée sur la surface du bois doit être polie pour lui donner un certain lustre. Pour conserver aux meubles une belle apparence, il faut par surcroît les cirer ou les encaustiquer régulièrement, ce qui n’est évidemment pas pratique dans le cas de meubles ouvragés dont la sculpture est très fouillée. C’est probablement une des raisons qui fait que les vernis ont été préférés à la cire.
Utilisée depuis des millénaires par les artistes et les décorateurs comme liant, la caséine est capable de former en séchant une pellicule de polymère résistante et imperméable à l’eau. C’est une peinture fabriquée à partir d’un produit laitier maigre. Les habitants de la campagne la choisissaient lorsqu’ils ne pouvaient pas employer la peinture à l’huile, soit parce qu’elle ne séchait pas assez vite, soit à cause de son odeur insupportable ou encore parce qu’elle coûtait trop chère.
L’ocre, le bol d’Arménie (argile colorée) et toutes les couleurs qui tiennent en présence de chaux pouvaient être mélangées à cette préparation selon la couleur que l’on voulait du bois.
Quand deux couches de cette peinture avaient été appliquées, il était coutume de la faire briller avec un morceau d’étoffe de laine ou toute autre substance convenable. Elle devenait alors aussi brillante que le vernis.
Une fois qu’elle était bien sèche et brillante, elle était enduite de blanc d’œuf qui la rendait aussi durable que la peinture à l’huile.
C’est par souci d’économie que plusieurs sculpteurs imitaient, par de nombreux stratagèmes, les orfèvres. Le but était de diminuer le coût de leurs œuvres en or massif en faisant appel à des sculptures composites dont l’âme en bois était recouverte de plaques d’or cloutées. Cela rendait leurs œuvres plus légères et moins dispendieuses que celles des orfèves.
Pendant la période gothique, le champ d’application de la dorure s’élargit, parallèlement à l’iconographie religieuse, et cela, dès la fin du XIVe siècle. L’utilisation de la dorure en Europe s’est répandue sous le règne de Louis XIV. La dorure que l’on appliquait sur les ornements d’église, les détails architecturaux des autels et des écrans ainsi que sur les petits objets destinés aux maisons des riches, notamment les miroirs et les cadres de tableaux, s’est poursuivie pendant le XIXe siècle.
C’est au début du XVIIIe siècle que la dorure fît son apparition en Nouvelle-France. En 1706, Claude-Vincent Meunson était maître doreur à Montréal et en 1713, Denis Lafontaine était doreur de son métier à Québec. La dorure des ornements d’église à la feuille d’or était la spécialité des Ursulines de Québec, que l’on nommait les «dames doreuses». Pour ce qui était du Montréal de l’époque, se sont les Sœurs grises de Montréal qui s’occupèrent aussi de travaux de dorure et cela, dès la fin du XVIIIe siècle.
L’or fut préféré aux autres revêtements métalliques en feuilles tels que l’argent, le cuivre et l’étain, car il ne s’oxydait pas et ne changeait pas de couleur. La feuille de cuivre obtenue au marteau-pilon, par contre, concurrença l’or dès la fin du XIXe siècle. Aujourd’hui, ce ne sont pas seulement l’argent, le cuivre en feuille ou en poudre et l’étain qui se substituent à l’or, mais aussi tous les alliages d’aluminium.
Au Québec, entre 1840 et 1900, l’huile, surtout l’huile de lin et l’huile d’abrasin, représentait l’un des finis les plus utilisés. Elles étaient utilisées pour saturer le bois sans créer d’effet lustré, comme celui du vernis au tampon, par exemple. Mais l’huile de lin, la plus utilisée, suivant que ses applications avaient été nombreuses, avait tendance à altérer la couleur du bois en jaunissant avec le temps. L’huile d’abrasin (huile de tung) ou huile «de bois de Chine» jaunissait moins et résistait mieux à l’eau que l’huile de lin, mais son usage était plus limité.
Au Québec, entre 1840 et 1900, un autre des finis les plus utilisés était le vernis à l’huile. Les vernis à l’huile, qu’on appelait aussi vernis gras en raison de l’huile de lin ou d’abrasin entrant dans leur composition, étaient couramment utilisés car ils résistaient plus à l’abrasion que le vernis au tampon. Les vernis à l’huile comportaient parfois des résines et des solvants dans le but d’accélérer leur temps de séchage et diminuer du même coup leur sensibilité à la poussière. Ces vernis étant plus tendres, ils étaient moins susceptibles de donner un poli aussi lustré que le vernis au tampon. Plus la proportion d’huile était grande, plus le vernis était résistant, mais moins il était lustré. Rien d’étonnant, dès lors, à ce qu’un fort pourcentage de meubles québécois de l’époque victorienne ait été fini avec un vernis au tampon. L’assurance d’un beau lustre et la garantie d’un entretien facile par polissage faisaient probablement oublier l’inconvénient de sa moindre résistance.
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