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Prix du jury 2003
 
  Histoire de la finition de meubles au Canada français ( 1 / 3)
  par Céline Dubord

 

Nous vous présentons ici la première partie d'une série d'articles portant sur l'historique de la finition de meubles au Canada français. Chaque partie portera sur un ou plusieurs procédés de finitions, et il s'agira, dans ce premier article, des surfaces peintes.

Cet historique ne prétend pas faire le tour complet de l’histoire des finis. Ce n’est qu’un bref aperçu des procédés de finition en usage à des époques antérieures à la nôtre et parfois encore utilisés de nos jours. Il est encore difficile aujourd’hui de tout savoir sur les anciennes finitions, car nos prédécesseurs meubliers et ébénistes gardaient pour eux les secrets du métier et les avantages qui en découlaient. Toutefois, certains traités et publications nous informent sur des recettes anciennes… mais nous sommes loin du grand savoir. L’importance de conserver aux meubles leurs finis d’origine, dans tous les cas où cela est possible, prend tout son sens dans cette démarche de connaissance.

Même si, dans le domaine des arts décoratifs, la tendance est de mettre l’accent sur l’importance des finis d’origine et sur le caractère d’authenticité des meubles non retouchés, il est difficile de trouver des meubles campagnards peints dans les musées comme chez les antiquaires, en Amérique du Nord et encore plus en France.

Il n’y a pas si longtemps, une conception erronée, due possiblement à l’insuffisance de la recherche, portait beaucoup de gens à croire que l’utilisation, aux époques antérieures, de produits de revêtement sur les meubles était l’exception plutôt que la règle. La mode des meubles scandinaves (meubles non peints), le vernissage, suite à un décapage systématique des meubles en provenance de l’Amérique du Nord et de l’Europe, qui a persisté jusqu’au milieu des années 60, nous prive ainsi de connaître la personnalité et l’histoire de ceux-ci. Et ce n’est pas la finition moderne de ces meubles qui nous en fournira les secrets!

En résumé, voici la liste des procédés de finition

Première partie (procédés traités dans le présent article)

    • Les surfaces peintes

Deuxième partie (sera en ligne en mai 2009)

    • La polychromie sur bois
    • Les surfaces teintes
    • Les faux bois
    • Le gesso

Troisième partie (sera en ligne en juin 2009)

    • Le vernis au tampon
    • Les cires sur bois
    • La caséine
    • La dorure
    • Les huiles
    • Les vernis

 L E S   S U R F A C E S   P E I N T E S

Malgré le peu de recherches à ce sujet, la couleur d’un meuble n’est pas dénuée de sens. Certaines époques, certains styles, et certaines régions ont favorisé des teintes bien précises. Les principales couleurs utilisées avaient toutes traditionnellement une valeur psychologique et symbolique, codifiées depuis l’époque féodale dans les conventions héraldiques (armoiries) et l’iconographie religieuse. Par exemple, le vert, le bleu et leurs variantes constituent deux combinaisons décoratives qui ont une signification historique, la première dans le monde profane, la deuxième dans le monde religieux.

Il faut savoir que tous les meubles canadiens-français anciens n’étaient pas peints, mais presque toutes les surfaces étaient enduites. La peinture était le plus souvent utilisée sur le pin qui, étant un bois tendre, exigeait un traitement de surface différent. Des documents datant d’avant 1750 mentionnent parfois la peinture et ses tarifs d’importation. Les couleurs et autres ingrédients nécessaires à la préparation des peintures provenaient de la France. Ces couleurs étaient probablement utilisées pour les meubles, les boiseries, le cadre des portes et les fenêtres. Avant 1800, par l’influence du style Louis XIII qui jouit alors de la faveur du public, le revêtement des bois était la peinture. Le rouge, le bleu, le vert pâle, le bleu-vert foncé et l’orange mat représentaient les principaux coloris de l’époque. Les artisans de l’Europe du XVIIIe siècle aussi, s’intéressaient fortement à la peinture. Presque tous les meubles de l’époque médiévale et une bonne partie de ceux de la renaissance ont ainsi été traités. Les bleus et les gris pâles se répandirent davantage sous le règne de Louis XV.

Au XVIIIe siècle, il était fréquent de mélanger des pigments à un produit siccatif et à un médium (en général huileux) pour obtenir de la peinture. Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, une variété croissante de produits destinés à la fabrication et aux mélanges de peinture devinrent disponibles. Les marchands mettaient des annonces publicitaires concernant peintures, huile de lin, térébenthine et pinceaux dans le premier journal de la colonie, la Gazette de Québec. C’est probablement la disponibilité et la grande variété de pigments qui a fait, que plus tard, les gens de Québec, Trois-Rivières et Montréal employèrent plusieurs couleurs sur le même meuble.

Parmi les nombreuses couleurs et combinaisons de couleurs utilisées sur les meubles canadiens-français, les plus anciens : une prépondérance des rouges ou rouge brun, des bleus et bleu vert ont été observés. Les tables et les chaises étaient souvent peintes en rouge ou marron, les buffets en bleu et les armoires étaient le plus souvent d’un vert bleuté. Ces liens traditionnels entre meuble et couleur semblent s’effacer dans les dernières années du XVIIIe siècle, et dans le premier quart du XIXe siècle, ce qui coïncide avec l’apparition sur le marché d’un plus grand éventail de nuances d’une même couleur, en même temps qu’il devient possible de trouver des renseignements plus détaillés sur la préparation et l’application des peintures.

La peinture extérieure se fabriquait à l’aide d’huile de lin pure, dans laquelle était dilué le pigment. Les pigments pouvaient être d’origine végétale (indigo, garance, racine d’alkanna) ou provenir de métaux ou de terres (plomb rouge, plomb blanc, oxyde de fer, ocres, terre rouge, etc.). Pour les peintures intérieures, l’ajout de litharge, (oxyde de plomb de couleur rouge orangé) broyée finement, facilitait son séchage. Pour donner de la matité à la peinture et pour la rendre plus ferme, de la térébenthine et quelquefois de l’alcool étaient ajoutées à la deuxième ou troisième couche.

Dans certaines de nos régions, les habitants fabriquaient eux-mêmes leurs pigments. Dans la région de Trois-Rivières, par exemple, ils ramassaient de la terre rouge dans les champs et la broyaient dans de l’huile de lin ou dans du lait écrémé. Dans l’Ancienne- Lorette et à Saint-Augustin, l’argile jaune donnait toutes les teintes que permettent les meilleures ocres. En la brûlant, elle donnait un rouge léger ressemblant à celui que l’on obtient en brûlant l’ocre jaune mais en tirant davantage sur l’orange. Cette couleur opaque se mélangeait facilement à l’huile ou à l’eau. Aux Îles de la Madeleine, c’est une terre rouge ressemblant au rouge indien qui répondait à toutes les utilisations possibles en peinture.

La préparation du bleu de Prusse se faisait à partir de l’indigo en poudre (extrait de la plante qui porte ce nom, importé à compter de 1700 par la Compagnie des Indes orientales). Cette poudre était mélangée à de l’oxyde naturel de plomb (litharge) et à de la térébenthine. La couleur cendre bleue provenait d’une solution de cuivre dans de l’eau forte et le bleu de smalt s’obtenait à partir du zinc réduit en poudre.

Le rouge carmin était extrait de la cochenille, le vermillon à partir du cinabre pulvérisé et le rouge, de la garance. Le rose tendre était fabriqué à partir de craie teintée d’extrait de bois de Brésil. L’orangé s’obtenait à partir du rouge orpiment, et également à partir d’une infusion de curcuma et d’esprit de vin à laquelle était ajoutée une solution d’étain. Les jaunes étaient tirés principalement des ocres (oxyde de plomb, gomme-gutte) mais, le safran et l’aneth étaient aussi utilisés. Le vert, produit par une incrustation de cuivre provenait de la corrosion des acides. Le vert bleuté était obtenu en faisant bouillir le vert avec de l’acide acétique.