DOSSIER Décapage
  par Céline Dubord
 

 

Le décapage peut être abordé de deux façons; du point de vue de la restauration et du point de vue de la finition. Lorsqu’il s’agit de la restauration, le décapage est souvent effectué sur un objet d’art ayant une grande valeur et dont vous avez généralement à conserver le fini d’origine. Ce n’est pas le propos du présent article. Ici, c’est le décapage du point de vue de la finition qui est envisagé, c’est-à-dire la réfection complète du fini d’un meuble.

Avant de procéder au décapage, vous devez identifier, dans la mesure du possible, le produit de finition antérieurement appliqué. Référez-vous à l’article Identification d’une vieille finition.

Lorsque vous avez déterminé le produit de finition recouvrant le meuble, vous êtes en mesure de prendre une décision sur la méthode et le produit à utiliser.

Plusieurs types de décapage sont possibles: le décapage par ponçage, par grattage, à la chaleur, au jet de sable et celui obtenu par l’utilisation de produits chimiques. Indépendamment de la méthode choisie, il est conseillé de démonter votre meuble; en enlevant les tiroirs, la quincaillerie, les tablettes et les parties mobiles et de traiter séparément tous ces composants.


LE DÉCAPAGE par PONÇAGE

Par son caractère mécanique, le ponçage permet d’avoir un certain contrôle, mais il est possible que vous ne puissiez tout enlever, en particulier dans les recoins, sans une aide chimique. De plus, un ponçage trop profond risque d’abîmer la couleur du bois et la patine du meuble et l’encrassement des abrasifs est quasi instantané.

Par sa puissance et son poids, la ponceuse à bande est l’outil électroportatif idéal lorsqu’il y a plusieurs couches de peinture ou de vernis à franchir, mais n’utilisez jamais cet appareil pour les meubles de valeur. De plus, le décapage par ponçage ne doit pas être exécuté sans un masque à cartouche P100, à haute intensité contre les particules toxiques.

Note : Méfiez-vous des anciens finis, ils contiennent souvent des produits toxiques tel que le plomb. Si c’est le cas ou que vous n’êtes pas en mesure de le déterminer, le décapage par ponçage n’est pas approprié. Choisissez plutôt le décapage chimique en prenant soin d’utiliser les bonnes mesures de protection personnelle.


LE DÉCAPAGE par GRATTAGE

Le grattage est généralement exécuté à sec pour des ouvrages peints et souvent sculptés. Cette technique demande beaucoup de minutie et de patience et ne convient pas pour de grandes surfaces. Lorsque vous essayez de décaper un vernis à sec à l’aide d’un racloir, par exemple, le vernis a tendance à s’incruster dans le morfil de l’outil et celui-ci glisse sur le vernis. Lorsque le vernis commence à s’enlever, le racloir dérape et attaque la surface du bois et la raye. Cette méthode est donc à proscrire dans le domaine de la finition de meuble.


LE DÉCAPAGE à la CHALEUR

Il est possible d’utiliser un chalumeau pour exécuter le décapage mais le risque d’endommager les surfaces est très grand. De plus, il ne s’agit que d’une fraction de seconde pour que vous, votre atelier et votre ouvrage tournent à la catastrophe. À moins d’être un expert du chalumeau, favorisez une autre méthode.

Il existe aujourd’hui sur le marché des décapeurs thermiques électriques qui peuvent venir à bout des couches de peinture les plus tenaces ou des vernis à l’huile. Ce procédé ne convient toutefois pas au décapage de meubles, encore moins aux placages anciens, car la colle animale ne résiste pas à la chaleur. Par contre, le décapage par la chaleur peut être utile dans le cas où une pièce devrait être repeinte.

Note : Lisez attentivement les directives d’utilisation de l’appareil lorsque vous choisissez d’utiliser un décapeur thermique. De plus, comme la chaleur provoque des vapeurs nocives, utilisez un masque à cartouche contre les vapeurs organiques.


LE DÉCAPAGE au JET DE SABLE

Le jet de sable est une technique très agressive qui se résume à pulvériser de la silice à l’aide d’un pistolet à pression spécialement conçu. Automatiquement, même pour une personne expérimentée, il y a une détérioration irrémédiable de la surface du bois avec l’utilisation de cette technique. Celle-ci enlève la patine ancienne du meuble et diminue sa valeur marchande. Par contre, la méthode au jet de sable convient parfaitement au décapage des pièces en acier ou en pierre. Cette technique est donc à proscrire dans le domaine du meuble de bois.


LA MÉTHODE INDUSTRIELLE

Certaines entreprises offrent la possibilité d’exécuter le décapage en plongeant les meubles dans de grandes cuves de solution caustique. Cette immersion semble une solution facile qui vous épargne du travail, mais elle ne peut convenir qu’à des pièces importantes tel un escalier. De plus, le phosphate trisodique (solution caustique utilisée pour ce genre de décapage) assombrit le bois, abîme les fibres et attaque la colle des assemblages.


LE DÉCAPAGE à l'aide de PRODUITS CHIMIQUES

Les marchands de produits de peinture proposent un large éventail de décapants plus ou moins puissants, formulés pour différents types de finition. Les décapants ne présentent pas de dangers particuliers pour le bois, lorsqu’ils sont utilisés correctement. Par contre, vous devez respecter scrupuleusement les consignes du fabricant et prendre toutes les précautions suivantes:

  • Travaillez en plein air ou dans un local bien aéré (échangeur d’air).
  • Portez un masque respiratoire pour éviter d’inhaler les vapeurs toxiques provenant du décapant et des peintures ou vernis usés.
  • Portez systématiquement des gants de néoprène, des lunettes de sécurité et de vieux vêtements ou un tablier.
  • Recouvrez le sol de bâches de plastique.

Les décapants chimiques d’aujourd’hui sont très efficaces, rapides et ne causent généralement pas de dégâts au bois. Les gels décapants sont d’un emploi plus facile que les liquides décapants, puisqu’ils coulent moins lors de l’application sur des surfaces verticales. Il y a un «hic» toutefois à prendre en considération lors de l’utilisation des décapants chimiques : ils sont généralement à base de chlorure de méthylène (dichlorométhane), un solvant à contrôler pour diminuer les risques à la santé.

La soude caustique, anciennement très populaire, n’est pas aussi facile à utiliser que les autres décapants chimiques. Elle était diluée à l’eau et épaissie avec du blanc de Meudon, de l’amidon ou même de la farine; au moment de l’utilisation, elle devait être aussi ferme que possible pour éviter de détremper le bois. Les artisans d’aujourd’hui remplacent facilement cette technique par le grand choix de produits offerts sur le marché.

Note : Si vous utilisez la soude caustique, n’oubliez pas de verser les cristaux de soude dans l’eau et non le contraire.


DÉCAPANTS CHIMIQUES vs. DÉCAPANTS ENVIRONNEMENTAUX

Les formulations classiques des décapants sont à base de chlorure de méthylène, un liquide transparent et incolore ayant une odeur de chloroforme et s’évaporant très facilement. Son odeur ne peut servir d’alarme, car lorsqu’on la perçoit, les concentrations de vapeurs de chlorure de méthylène dans l’air respiré sont considérablement supérieures aux normes.

Le chlorure de méthylène est principalement absorbé par les voies respiratoires mais il peut aussi l’être par la peau et les voies digestives. Dans l’organisme, il se transforme en monoxyde de carbone et nuit au transport de l’oxygène vers les organes vitaux. Ce faisant, il peut provoquer différents problèmes de santé de façon aiguë tels que des étourdissements, des maux de tête, des nausées, des engourdissements, une diminution de la rapidité d’action, des troubles de coordination, l’irritation de la peau, des yeux et des voies respiratoires et à plus long terme, il peut causer des dommages au foie.

Lorsque ce produit est utilisé par des personnes souffrant d’angine ou de problèmes cardiaques, il peut occasionner des douleurs thoraciques. De plus, il faut préciser que l’exposition au chlorure de méthylène doit être réduite au minimum en raison d’un effet cancérigène soupçonné chez l’humain.

Vous ne serez donc pas surpris d’apprendre que depuis quelques années, des compagnies ont mis sur le marché des produits de décapage avec une préoccupation écologique. Mais les pauvres performances des anciens produits dit «écologiques» forçaient les utilisateurs à revenir aux décapants contenant du chlorure de méthylène.

Mais aujourd’hui, non seulement les décapants environnementaux fonctionnent-ils plus rapidement mais ils sont utilisables à l’intérieur et peuvent demeurer mouillés jusqu’à 24 heures pour certains de ceux-ci. Ce qui permet de vaquer à d’autres occupations durant le travail du produit sans retrouver l’objet à décaper dans un état gommé.

N’est-il pas plus important de payer un peu plus cher pour des produits qui vous permettent de demeurer en santé? Et, dans le choix d’utiliser un décapant environnemental plutôt qu’un décapant à base de chlorure de méthylène, c’est bien sûr un changement de paradigme, celui de laisser le produit travailler à votre place. Pensez-y!

Malgré le fait que les produits à base de chlorure de méthylène tendent à disparaître du marché dans un souci de respect pour l’environnement, les décapants demeurent généralement encore toxiques. Vous devez donc suivre toutes les mesures de protection personnelle prescrites pour le décapage par produit chimique. C’est-à-dire l’utilisation de lunette de protection et des gants de nitrile ou de néoprène.


LA MÉTHODE PAS À PAS du décapage à l’aide d’un produit décapant

  1. Versez un peu de produit dans une coupelle et munissez-vous d’un pinceau usagé en fibre végétale.

  2. Étendez généreusement le décapant sur l’ouvrage en tamponnant les angles et les moulures du bout du pinceau.

  3. Laissez agir un bon quart d’heure, voire davantage si le revêtement est particulièrement résistant.

  4. Lorsqu’il commence à «friser», raclez un petit carré pour vous assurer que le produit a bien imprégné le fini sur l’ensemble de son épaisseur.

  5. Si les couches de fond ne sont pas totalement ramollies, rajoutez du produit en tamponnant verticalement.

  6. Laissez pénétrer quelques minutes, puis retirez l’ancienne finition au grattoir. Travaillez dans le sens du fil du bois en veillant à ne pas abîmer le bois. Après chaque passe, essuyez l’outil et placez les raclures dans des feuilles de papier journal que vous laisserez sécher avant de les jeter.

  7. Passez sur les moulures à l’aide d’un grattoir (il en existe de formes variées, en métal et en bois), puis éliminez délicatement les reliquats à la laine d’acier fine (#000) que vous replierez sur elle-même à mesure qu’elle s’encrasse.

  8. Préférez un tampon de nylon abrasif pour les essences à pores larges, comme le chêne, et pour les cannelures des pièces tournées.

  9. Taillez un petit bâton de bois pour retirer les dépôts incrustés dans les angles et les rainures.

  10. Nettoyez l’ouvrage avec un tampon de laine d’acier fine ou de nylon abrasif chargé de décapant, jusqu’à disparition complète de toute trace de finition.

  11. Rincez abondamment à l’eau ou au diluant à laque (surtout si vous employez un vernis cellulosique pour la finition), selon la nature du décapant, et laissez sécher.

  12. Égrenez délicatement pour rabattre la fibre gonflée et assurez-vous d’avoir bien rincé pour éviter d’éventuelles remontées d’huile sur la nouvelle finition.

  13. À la fin de l’étape du décapage, il est très important d’enlever toute trace de décapant chimique pour éviter qu’il ne remonte à la surface et n’affecte la nouvelle finition. Certains produits se rincent simplement à l’eau, d’autres doivent être neutralisés avec un solvant ou à l’alcool dénaturé. Préférez ce dernier procédé sur les placages fins et les ouvrages de marqueterie.

  14. Dans tous les cas, il faut éviter de détremper à l’eau les surfaces lorsqu’il s’agit d’un meuble de placage, souvent collé à l’aide de colles animales réversibles.

  15. Après le séchage complet, la pièce est prête à recevoir un nouveau fini.

PETITS TRUCS PRATIQUES

Il est fréquent, lors du décapage d’un meuble, que le décapant glisse le long des parois du piétement d’une table ou d’une chaise et atterrisse rapidement au sol. L’idéal est de placer le meuble à l’intérieur d’une panne en métal galvanisé à rebord d’environ 2 po de hauteur afin de minimiser les souillures dans l’atelier. Si vous ne possédez pas ce genre de panne, une solution simple et peu coûteuse est d’installer la pièce à décaper sur une bâche de plastique et de placer chaque pied à l’intérieur d’une boîte de conserve de grand format (48 onces). L’excédant de décapant coulera dans le récipient et lorsque vous enlèverez le fini, vous n’aurez qu’à le pousser à l’intérieur de cette boîte. Le liquide réutilisable sera aussi plus facilement récupérable.